L’histoire des forts du secteur nord trouve son origine dans le besoin d’élaborer un programme de fortification qui avait pour but d’assurer à la fois l’intégrité nationale et le soutien des armées en campagne. En effet, les forts de l’enceinte parisienne et ceux de la petite couronne ne purent faire face aux assauts de l’armée prussienne en 1870. Ainsi l’architecte Viollet Le Duc (1814-1879) rédigea en 1871 un mémoire dans lequel il démontra que les forts de 1840 (notamment le fort de la Briche) construits sur la décision de Thiers et de Denfert Rochereau étaient périmés ou du moins incapables de résister à l’artillerie prussienne. A la veille de l’armistice du 28 Janvier 1871, Paris reçu 32000 obus (du 20 au 26 Janvier) dont 4000 sur le seul fort de la Briche.

1874 :

  • 28 janvier – Nomination du Général Séré de Rivière en tant que chef du génie auprès du ministère. (Les forts de la ceinture extérieure conserveront par ailleurs la dénomination « ouvrages Séré de Rivière ».)
  • 27 mars – Suite aux conclusions du mémoire de Viollet le Duc, la construction des ouvrages situés sur les hauteurs de Paris fut décidée par une loi spéciale votée le 27 mars 1874. Reprenant les principes du marquis de Montalembert (système des forts détachés, fortifications perpendiculaires ou polygonales). La commissions des fortifications présidée par le général Frossard et par des généraux d’artillerie adopta le système polygonal et arrêta les caractéristiques des divers ouvrages. On dénombrera alors la construction de 8 forts de première urgence et 7 forts en seconde urgence. Il fut donc décidé d’occuper les hauteurs d’Écouen, de Cormeilles, de Sannois et de Montmorency au nord; celles qui séparaient les vallées de la Marne et de la Seine à l’est ; enfin celles qui encadraient Versailles à l’est et au sud-est. Organisé en trois groupements géographiques, ces forts sont placés de 8 à 17 kilomètres de l’enceinte parisienne et sont distants entre eux de 2 à 7 kilomètres ce qui leur permet de se couvrir mutuellement en cas d’attaque.

  • 17 mai – Un détachement de troupes est installé à l’emplacement du futur fort: le plateau de la croix blanche. Cette butte haute de 180 mètres avait été choisie pour y implanter un des plus puissants camps retranchés de Paris: Le Fort de Domont. Celui-ci est donc situé sur le quatrième sommet de toute la Seine et Oise après les collines de Versailles, de Neuilly en Vexin, d’Artries et enfin de la forêt de Carnelle. Le Fort de Domont est dit de première classe car il existait deux sortes de forts : ceux dont la date de construction correspond à 1874 et 1875. On les appelle fort à cavalier ; et ceux dont la construction débutent en 1876 appelés fort à massif central.

  • 14 juillet – La construction du fort démarre et les pierres des Champeaux commencent à affluer sur le site le 16 juillet 1874. De plus, la présence d’une briqueterie à l’emplacement même du fort fut grandement exploitée lors des travaux.

Architecture : Ce fort à cavalier est pourvu de deux façades, deux flancs et d’une gorge, mais également pourvu d’une caponnière double, deux simples et une de gorge. De plus celui-ci est en date du 20 décembre 1884 pourvu de deux canons de 155 montés sur une tourelle pivotante Inspirée du modèle allemand Shummann-Oruson a été mis au point par le commandant Mougin (1841-1916).

Les deux canons pouvaient ainsi commander la plaine de France et les chemins de fer de Pontoise. C’est en croisant ces feux avec les forts de la chaîne d’ouvrage des hauteurs de Cormeilles que le Fort de Domont participait au verrouillage de la vallée de Montmorency. Ainsi il faut noter que ces forts n’étalent rien d’autre que de gigantesques places d’artillerie: môle de résistance, en tenant les hauteurs dominant la cuvette parisienne, on apporterait aux forces de manœuvre la possibilité de livrer bataille dans un champ clos. Pourvu de pièces de campagnes de 95 et de 120 avec des portées de 6000 à 9000 mètres, on disposait ces dernières sur le cavalier, très haute butte comportant des emplacements pour les pièces d’artillerie, séparées par des traverses-abris.

 

 

Le rôle du Fort de Domont et de la batterie de Blémur était d’interdire la voie ferrée de Beaumont tout en surveillant la plaine de France. La construction fut mise en route par 600 prisonniers de droit commun. Les travaux furent dirigés par le commandant du génie Decoux qui avait sous ses ordres un

 certain capitaine Delanne et un certain lieutenant JOFFRE. L’adjudicataire des travaux de construction du Fort de Domont mais également ceux de Montlignon et Montmorency était monsieur Georges Eugène Villetel, entrepreneur demeurant à Montmorency. Il faut noter que la construction du FORT DE DOMONT ne fut pas du gout de tous notamment des propriétaires de terrains expropriés mais également des habitants du village de Domont qui devenait par la même une cible toute désignée. De plus du fait de la présence d’ouvriers « un peu spéciaux » sur le site, il se crée une gendarmerie dès le 15 septembre 1874. Les travaux du fort s’achèveront le 21 décembre 1878. Le site achevé occupe donc une surface totale de près de 12 hectares et peut accueillir une garnison de 1175 hommes.

 

 

 

 

Avant la guerre 14-18, on comptait en moyenne 300 soldats cantonnés dans le Fort de Domont. Toutefois, même s’il ne fut pas un lieu de combat, le Fort de Domont fut semble-t-il la seule place forte à tirer sur l’armée Allemande en 1914. En effet, les 3 et 4 septembre 1914, l’extrême avance des troupes de reconnaissance Allemandes se situait à la sortie sud de Luzarches, près du château de Champlatreux à 10 kilomètres de Domont.

Ce sont par ailleurs les guetteurs du Fort de Domont qui confirmeront le 4 septembre 1914 que l’armée Allemande déviait sa marche en direction de Meaux et délaissait la capitale. Ceci explique le fait que Domont ne fut pas investi par les allemands en 1914. À l’issue de la guerre, le fort ne reçut plus guère de troupes à l’exception d’une garnison d’Annamites dans les années 30. Signalons toutefois le passage dans le fort à l’occasion de son service militaire du célèbre dessinateur DUBOUT, qui orna le mess et d’autres pièces de ses fresques.

En 39-45, le fort fut occupé par les unités de la Wehrmacht, armée de terre Allemande, qui en évacuant le fort le 26 août 1944 fit sauter son stock de munitions, faisant par la même écrouler une bonne partie de la caserne réduisant quasiment le bâtiment d’origine de moitié. Plus tard, dans les années 1950, les PTT utilisèrent le Fort de Domont comme annexe afin d’étudier les couches ionisées de l’atmosphère, principalement sur l’interruption des communications radiotéléphoniques à longue distance. Le fort est alors habité par 3 ou 4 familles.

La construction, propriété du ministère de l’agriculture, sera confiée en gestion à l’Office National des Forêts dès la création de ce dernier en 1964. Le site abritera alors jusqu’en 1994 une société industrielle qui utilisera les locaux de la caserne comme laboratoire d’essais sur la radiographie de matériaux.

Depuis 1994, le Fort de Domont est utilisé comme centre d’entrainement et de formation en incendie, secourisme, secours routier, secours en milieu périlleux etc…

En 2008, Hedy EL KHAZEN, gérant du centre de formation, après avoir suivi des formations spécialisées dans la recherche des causes et des circonstances d’incendies à Québec, crée le Bureau Enquête Incendie (BEI), précurseur en France !

En 2012, un partenariat entre le centre de formation incendie du Fort de Domont et le campus universitaire Notre-Dame de Foy de Québec a été instauré. Echanges culturels, savoir-faire ; chaque année depuis 2012 le Fort reçoit des étudiants pompiers pour 2 semaines de formations et de découvertes.